Performer à plus de 50 ans?

Dernière mise à jour : avr. 17



Dimanche 11 avril 2021, j'ai réalisé un test en solo sur un de mes anciens parcours d'entraînement à Nendaz. Sur un dénivelé de 805m, à 53 ans, j'ai réalisé un temps de 33'44 min (visible sur Strava) . Rico Elmer, deux mois avant de fêter son titre de champion du monde dans l'épreuve individuelle en 2004, avait gagné sur ce même parcours la course qui s'y organisait en 33'17 min en courant aux côtés de la majorité des membres de l'équipe nationale de ski alpinisme. Le français Florent Perrier, à mes yeux le meilleur skieur alpiniste de tous les temps (8 titres mondiaux), détient le record de cette compétition en 31'57 min.


Membre du CO de cette course, j'avais assisté en tant que spectateur à la victoire de Rico Elmer (par ailleurs double vainqueur de la PDG notamment). Avec le matériel d'aujourd'hui, allégé par rapport à cette période, il y a un gain de temps évident d'une bonne minute je pense. Ou peut-être un peu plus. Ma performance du week-end représente donc un rythme élevé, pas loin des meilleurs de cette discipline d'hier et d'aujourd'hui. Comment est-ce possible à mon âge?


1. Le vrai talent ne meurt "jamais"

Rico Elmer est un vrai talent: à 51 ans, il termina encore 5e de l'épreuve cycliste "chasing Cancellara" (Bern-Andermatt) en 2020. Je ne suis donc pas une exception en terme de longévité. Les vrais talents (entendez par là ceux qui n'ont pas besoin de recourir à des potions magiques) sont réguliers tant à l'échelle d'une saison que de celle d'une carrière. Et, même s'ils perdent un peu d'efficacité au fil du temps, ils peuvent demeurer compétitifs longtemps.

Les anciens "champions" incapables de mettre un pied devant l'autre quelques années après avoir réalisé des exploits sont souvent de faux champions qui ont été "chimiquement aidés" pour voler des résultats.


2. Un "meilleur" entraînement

Avec les années on se connaît mieux et, par conséquent, on évite les erreurs les plus évidentes. Me concernant, et depuis l'arrivée du COVID-19, j'ai enfin le temps de m'entraîner sans devoir caser des séances à la va-vite et dans de mauvaises conditions: la vie professionnelle que j'ai menée jusqu'en 2020 a nécessité une organisation sans faille, un engagement de tous les instants et une hygiène de vie peu appropriée (semaines de 50h d'activité professionnelle, apéros, repas pas toujours diététiques, nuits écourtées, etc.) pour le sport de haut niveau.


3. Plus de repos et moins de stress

Depuis l'arrivée du COVID, j'ai diminué les déplacements et dû supprimer les voyages à l'étranger. Avec le télétravail partiel, un rythme professionnel moins soutenu s'est installé pour la première fois depuis mon entrée dans la vie active!

Je me rends compte depuis peu combien le stress (celui, mauvais, non maîtrisé) peut coûter d'énergie. Mon père (20 ans président de commune, député, avocat-notaire, président de X sociétés, père de 4 enfants, etc.) en est décédé, victime d'une crise cardiaque sans signes avant-coureurs. Cela m'a donné une leçon, ce d'autant plus que ma fonction professionnelle ressemble à un sacerdoce: on se sacrifice pour les autres avec peu de reconnaissance. La pression subie par un directeur de tourisme en région de montagne qui vit de ce secteur, avec des critiques permanentes de la part de partenaires et commerçants faisant porter le chapeau de leur propre incompétence à l'organisation touristique en place, est pénible à supporter: tout cela use, grignote progressivement de la substance et nuit à la performance sportive. Combien de nuits blanches ai-je passé à cause du stress professionnel? De nature très consciencieuse, j'ai enfin réussi à prendre du recul, aussi grâce au Coronavirus.


4. Une alimentation plus adaptée

Pendant toute ma carrière, j'ai été handicapé par des problèmes gastriques qui se manifestaient par des brûlures plus ou moins insupportables selon les jours lors des efforts intenses, que ce soit en entraînement ou en compétition. D'autres symptômes, comme de fréquents ballonnements, ne m'ont jamais vraiment quitté. Avant 2020, je n'avais jamais investigué les causes de ces maux. Là, j'ai enfin pris le soin de m'occuper de moi. Une consultation médicale de routine m'a montré l'an dernier que je souffrais de candidoses qu'il fallait "soigner" par une adaptation alimentaire: suppression des protéines d'origine animale, du vin blanc, des produits laitiers à base de vache et de gluten, diminution drastique de sucre; au lieu de ces aliments qu'il valait mieux privilégier les fruits, les légumes et les protéines végétales. Afin de mettre en application ces recommandations, j'ai donc modifié mes habitudes alimentaires (j'en profite pour remercier mon épouse qui cuisine et veille religieusement à mon nouveau régime). Cela fut difficile au début car le gros mangeur et gourmand que je suis a dû faire des sacrifices. Cela porte ces fruits car les douleurs gastriques à l'effort ont fortement diminué et les ballonnements quasiment disparu.


5. La passion de l'effort physique

J'adore l'effort physique, aujourd'hui comme hier. Et plus en 2021 que pendant ma jeunesse où je préférais faire la fête... De quelle souffrance parle-t-on quand on fait du sport par rapport à une vie professionnelle où, du matin au soir, il faut résoudre des problèmes parfois insolubles (dans le domaine du tourisme: météo, enneigement, taux de change, absence de moyens, manque de professionnalisme de prestataires, etc.) et faire face à des critiques souvent injustifiées? L'effort physique est un plaisir renouvelé en comparaison, une bouffée d'oxygène bienvenue! L'envie de transpirer, qui plus est dans une nature comme nous l'avons en Suisse et en Valais en particulier, ne m'a jamais quitté. Cette passion est sûrement une clé majeure de réussite.


Mon niveau de performance actuel peut impressionner compte tenu de mon âge. Il est certain qu'avec des possibilités d'aménagements identiques il y a une quinzaine d'années, mes résultats auraient pu être encore meilleurs. Surtout, il montre simplement que l'on peut encore produire des résultats pas trop éloignés de ceux que l'on obtenait à 35 ans avec une motivation intacte et une hygiène de vie de qualité.


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