• Sebastien Epiney

Performer en sport et en management, est-ce pareil?

Mis à jour : mars 21



2 "carrières" sportives, 1 parcours professionnel avec 25 ans de management dont 20 comme CEO à la tête de destinations touristiques. Quelles sont les similitudes?


Que t'a appris le sport de compétition d'utile pour le management?

Il m'a montré qu'il fallait transpirer pour performer, que le talent seul ne suffit pas. Sans prédispositions, on n'y arrive certainement pas. Pour obtenir des résultats il faut, outre le talent, s'investir personnellement. La compétition m'a appris aussi à me challenger, à chercher de nouveaux défis.


Est-ce que les victoires peuvent donner la grosse tête?

Je n'ai jamais fait de gestes démonstratifs après une victoire ! Mais le sport m'a apporté une saine confiance en moi, tout en m'invitant à garder une attitude humble: aucun sportif ne peut en effet prétendre être supérieur aux autres car aucun athlète ne peut gagner dans toutes les disciplines. Par exemple, le meilleur marathonien ne peut pas s'imposer sur un 100m et inversément: Eliud Kipchoge et Usain Bolt sont 2 athlètes exceptionnels, mais ils n'ont tous deux aucune chance dans la discipline de l'autre. Sans même parler du fait que l'un et l'autre, pourtant des références absolues dans leurs disciplines respectives, ont aussi connu la défaite.

Eliud Kipchoge — Wikipédia (wikipedia.org)

Usain Bolt — Wikipédia (wikipedia.org)


Quel est le rapport avec le management d'entreprise?

C'est similaire: les bons managers ont des compétences, mais pas toutes de manière parfaites. On peut donc toujours s'améliorer, comme en sport. Un manager n'a pas d'autre choix que de s'engager personnellement s'il veut être bon, de montrer des qualités de leadership pour qu'on ait envie de le suivre. Aussi bien le sportif d'élite que le manager doivent optimiser les ressources à disposition pour obtenir le meilleur d'eux-mêmes ou/et des autres.


Vois-tu des différences entre les deux?

Oui, en sport les classements sont explicites. En management, l'évaluation de la performance est plus relative. Dans les sports individuels, on ne peut compter "que" sur soi et les résultats -qu'ils soient bons ou mauvais- n'impactent que soi-même, dans une moindre mesure l'entourage à moins que l'on ait affaire à des fanatiques qui n'ont aucun autre pôle d'intérêt dans leur vie. Il y a en revanche beaucoup de ressemblances entre le coaching d'équipe et le management d'entreprise: dans les deux situations il faut optimiser les compétences des individus au profit du collectif. Mobiliser les compétences et énergies individuelles dans un but commun. On peut aussi trouver énormément d'analogies entre le coaching d'équipes professionnelles (football, hockey sur glace, rugby, etc.) et celui d'une entreprise: dans les deux cas il y a une notion de profitabilité et une responsabilité sociale pour développer ou conserver les emplois par exemple.


Souhaiterais-tu officier comme coach dans les sports que tu as pratiqués?

Non, pas du tout. Je partage en revanche volontiers mes expériences si quelqu'un en fait la demande comme cela arrive souvent.


Et coach dans des sports collectifs?

Je n'ai pas choisi les disciplines sportives appropriées pour avoir cette ambition, qui requiert également des compétences techniques et tactiques poussées mais, à l'évidence, j'aurais adoré cela! Je pense d'ailleurs que la fonction de manager d'une région touristique est très comparable à celle d'un entraîneur professionnel de football: au-delà des qualités similaires qu'il faut dans l'organisation, la stratégie et la motivation des teams, il y a indéniablement une pression liée aux résultats. Quand ces derniers sont positifs, cela est considéré comme normal: dans le cas contraire, on licencie l'entraîneur ou le manager.


Comment donc faire pour durer dans ce genre de poste?

Apporter des résultats concrets est la meilleure méthode: dans mon métier, cela signifie notamment développer les chiffres d'affaires des prestataires de la région, générer des nuitées supplémentaires pour les hébergeurs et participer au rayonnement de la destination (notoriété, image, fréquentation, riche programme évènementiel et d'animations, campagnes marketing originales, etc.).


Cela semble similaire à une fonction d'entraîneur d'une équipe professionnelle...

Oui, c'est tout à fait ça: le poste d'un entraîneur d'une équipe professionnelle qui enchaîne 3 ou 4 défaites d'affilée est rapidement en danger, tout comme celui d'un manager d'une organisation touristique en absence de résultats positifs. Ce sont des postes très exposés publiquement: beaucoup de fans d'un club professionnel pensent en savoir plus que l'entraîneur et exposent leurs "vérités" aussi bien au café du commerce que sur les réseaux sociaux. Dans une destination touristique, c'est pareil. Il faut par conséquent, en plus des résultats, savoir fédérer en présence d'intérêts souvent variés voire divergents dans ce type de poste. Aussi bien le coach de football que le manager d'une destination touristique ont donc tout intérêt à avoir bonne presse auprès de leur conseil d'administration, leurs équipes et auprès des supporters sans quoi leur sort est scellé au moindre faux-pas.











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par Sébastien Epiney

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