La motivation ? Une des clés de la performance

Dernière mise à jour : mai 6


Sans motivation, pas d'investissement dans l'entraînement ni de persévérance.


As-tu toujours été motivé à l’entraînement ?

Enfant, je bougeais tout le temps et avais besoin de me dépenser physiquement. Je pratiquais plus volontiers les sports collectifs comme le football et le « hockey sur terre » (qui se pratiquait sur les cours d’école asphaltées) avec mes voisins de quartier. En revanche, je n’appréciais pas trop aller courir et séchais souvent les séances d’entraînement pour m’adonner au foot ou hockey sur terre avec mes copains…


Quand la motivation pour un entraînement sérieux est-elle venue ?

Très tardivement, car j’étais un touche-à-tout. Ado, je fréquentais les salles de fitness (j’y appréciais aussi l’ambiance et les filles qu’on y rencontrait…) et aimais faire la fête notamment en boîte de nuit. Je faisais certes partie des cadres de Swiss Athletics en Junior, mais sans préparation sérieuse. Ce n’est qu’après mon arrivée à Nendaz, dès 2002 je dirais, que j’ai commencé à m’entraîner sérieusement. Jean-Daniel Masserey, qui m’a initié au ski alpinisme, m’encouragea à être plus systématique dans l’entraînement. Le premier hiver, je préférais par exemple aller skier lors des jours de congé. En fait, j’ai toujours pratiqué passionnément beaucoup de sports en y privilégiant le plaisir sur tout le reste.


Et aujourd’hui, es-tu toujours motivé pour l'entraînement ?

Oui, toujours. Mes responsabilités professionnelles m’ont occasionné beaucoup de stress et pris trop de temps au détriment de la dépense physique qui est autant un besoin intrinsèque qu’un plaisir chez moi. J’aimerais bien pouvoir plus souvent courir, le sport où j’ai sans doute le plus de talent. Malheureusement, je suis freiné par des claquages au mollet depuis 2015. J’apprécie beaucoup le ski alpinisme également. S’agissant du vélo, c’est pareil à la nuance près que je préfère le home trainer quand les conditions météorologiques ne sont pas optimales (neige, pluie, vent, froid). Je ne me souviens pas avoir eu un seul jour de problème à me motiver ces quinze dernières années !

Où trouves-tu cette motivation durable ?

Dans l’effort physique lui-même. A mon plus jeune âge j’étais d’ailleurs un « enfant terrible » tellement j’étais une pile électrique. Ressentir une certaine maîtrise dans le mouvement, autant physique que technique, ajoute aussi un plus indéniable à la motivation. Me fixer de temps à autre des objectifs contribue à cette autostimulation. Je n’ai pas besoin de compétition avec d’autres participants pour cela.


Et les médailles, les victoires, la reconnaissance sont-elles des stimuli importants pour toi ?

Pas de première importance. J’ai gagné des dizaines de médailles qui sont enfouies à la cave. Vous ne trouverez jamais chez moi une seule trace de résultats que j’ai pu obtenir : coupes, médailles, dossards particuliers, etc. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment fêté mes victoires, ni même levé les deux mains au ciel de manière ostentatoire après un succès.


Pourquoi cela ?

Peut-être par pudeur. Sûrement aussi car je relativise tous les succès sportifs : cela reste un hobby, un amusement, mais ce n’est pas le plus important dans une vie. Probablement aussi parce que j’ai connu la victoire dès ma première compétition et remporté la plupart des épreuves pendant toute ma jeunesse : « gagner » n’est donc pas une surprise, pourquoi faire des chichis ? En fait j’ai de la peine à répondre à cette question car, tout bien réfléchi, je me surprends à secouer la tête quand je vois des sportifs faire du théâtre à l’arrivée lors de victoires. Je crois que j’aurais fêté beaucoup plus si j’avais pratiqué un sport collectif à un haut niveau. Si vous marquez un but important pour l’équipe nationale, vous rendez heureux des millions de personnes et cela m’aurait certainement plus ému. Lors des victoires dans des sports individuels, cette notion de partage manque.


Quand on gagne, on obtient aussi des récompenses et des avantages ?

Certes. En ce qui me concerne, cela n’a toutefois jamais constitué une source de motivation : j’ai d’ailleurs refusé tout sponsoring financier pendant ma carrière. J’ai renoncé à des épreuves que les locaux considèrent comme prestigieuses (PDG, Sierre-Zinal) car la gloriole régionale n’a jamais été une source de motivation importante chez moi.


Et la reconnaissance, le regard des autres ?

Ce n’est pas mon moteur, mais je n’y suis pas totalement insensible. Je crois avoir toujours eu la reconnaissance des concurrents dont plusieurs sont de bons copains. Avec mes prises de position claires contre le dopage et le boycott de certaines épreuves dont les organisateurs cautionnaient ces pratiques ou pêchaient par naïveté (comme l’authentique et honnête Marius Robyr, ancien patron de la PDG), je ne me suis pas fait que des amis. Les médias sportifs valaisans ont très peu relayé mes performances. J’ai reçu plus de reconnaissances au niveau national (nomination comme athlète suisse de l’année par exemple) qu’au niveau cantonal !


Cela te manque ?

Disons que c’est l’adage « nul n’est prophète dans son pays » qui se vérifie. Bizarrement, j’ai le sentiment d’avoir plus de reconnaissance dans mon métier que dans le sport en Valais. Je trouve par exemple étrange que les médias valaisans présentent le portugais de Martigny César Costa comme un crack en course à pied de montagne alors que son palmarès international est vierge et que je l’ai toujours nettement précédé, en une bonne vingtaine de « confrontations », pendant toutes mes années de compétition. Dans ce canton on confond parfois les championnats valaisans avec les championnats du monde.


Ta recette pour garder la motivation ?

Pas de recette-miracle. Ma motivation est intrinsèque, elle fait partie de moi : le plaisir de l’activité, l’amour du mouvement, de la transpiration, de l’effort, de la « compétition contre moi-même » d’abord, de la confrontation avec les autres ensuite. Le goût de la performance. L’amour de la nature aussi, la curiosité de découvrir paysages et cultures également.


Cela voudrait-il dire que ceux qui utilisent plus le sport qu’ils ne l’aiment durent moins longtemps ?

Clairement. A plus de 50 ans, je suis encore compétitif à un très haut niveau : en plus du potentiel génétique qui m’a été donné, c’est clairement l’amour du sport et la motivation à l’effort quotidien qui l’expliquent. Regardez ceux qui n’apprécient le sport que pour les récompenses, y compris sociale (les tapettes dans le dos, les articles et photos dans les journaux), qu’il apporte ! Certains trichent pendant leur carrière et, une fois celle-ci terminée, ils vieillissent souvent mal : ils prennent rapidement beaucoup de poids, souffrent souvent de dépression et, dans le pire des cas, se suicident comme on peut parfois l’observer.


Quelques conseils pratiques tout de même ?

Pour durer, le plaisir d’abord. Eviter la monotonie en variant les plaisirs (parcours, types d’entraînement, sports, rythmes, etc.). Se fixer des objectifs réalistes. Se focaliser davantage sur ses progrès personnels que sur les autres. Laisser place à l’improvisation en plus de la régularité de l’entraînement. Inclure un maximum de séances à très bas rythme pour rester frais y compris dans la tête. Rester autonome et ne dépendre de personne en particulier. Pour performer sur la durée, il faut être un vrai passionné. Cette passion ne s’invente pas : soit on l’a, soit on ne l’a pas !







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